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Projets de Navigation
Ces pages traitent des enjeux de la navigabilité de voies d'eau isolées ou en réseau. Charles Berg, auteur et historien, fait campagne pour la réhabilitation de canaux abandonnés dans plusieurs régions franç,aises, notamment le Canal du Berry et le Canal d'Orléans. Son compte-rendu du récent festival d'Orléans, auquel il a pris part avec son berrichon Blue Berry, lance un appel pour une réalisation plus rapide de la remise en navigabilité de ce canal exceptionnel, au gabarit étroit. Voir ses pages sur le Canal d'Orléans : une notice historique accompagnée de nombreuses illustrations. L'Association pour la Navigation du Canal d'Orléans œuvre à pour la réhabilitation du canal.

Un bâcove de Saint-Omer
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September 2011 Au cœur du Festival d'Orléans
Article in French; for the English translation by Maggie Armstrong click here
Le Festival de Loire d'Orléans est un événement exceptionnel, qui en cinq éditions biennales s'est hissé au rang de première fête fluviale européenne ; cette année, Charles Berg a pu le vivre de l'intérieur, avec son berrichon MS Blue Berry, le plus gros bateau présent sur le festival, transporté pour l'occasion. Récit d'une expérience unique
L'organisateur du festival Evénements Voiles et Traditions (EVT), m'a surpris début 2011 en me demandant si je serais d'accord pour faire participer mon berrichon MS Blue Berry au festival d'Orléans en septembre. Le bateau était en train de se refaire une jeunesse au chantier de Marseilles-lès-Aubigny, près de Nevers. Participer au Festival de Loire, était certes une perspective excitante, mais c'était aussi un sacré défi à relever avec un tel bateau. L'angoisse était au rendez-vous...
Le Festival de Loire : une très grande fête
Le festival, créé à l'initiative du maire d'Orléans Serge Grouard, a attiré cette année pas moins de 650.000 visiteurs en cinq jours; ceux-ci ont vu évoluer les quelques 220 bateaux qui se présentaient sur près d'un kilomètre de quai entre les ponts Thinat et George V.
Faisant la part belle à la marine ligérienne, il est aussi très largement ouvert aux batelleries des autres régions, des autres pays. Ainsi a-t-on pu y admirer au cours des années précédentes des gabares de Charente, des courreaux et courpets de Dordogne, des rabelos portugais, des zille du Danube, des boiers hollandais, des barques du Rhône, des snekkars scandinaves, des petits vapeurs, et la liste n'est pas exhaustive.
Qu'elles soient en rapport direct avec la batellerie, comme la construction en direct d'une barque ou la confection d'un cordage de chanvre, ou plus purement artistiques comme des orchestres et comédiens de rue, des manèges artisanaux ou du funambulisme, d'innombrables animations ravissent le public émerveillé.
Le samedi soir est traditionnellement lancé un feu d'artifice magistral à couper le souffle, tandis que la veille, en soirée également, est présenté un spectacle grandiose toujours profondément original, qu'il se passe sur l'eau comme en 2005 ou dans les airs comme cette année 2011. En plus de la scène principale, plusieurs bateaux servent de plateau aux différents groupes musicaux qui vont de l'un à l'autre tout au long des cinq jours. MS Blue Berry sera l'un d'eux, et même le plus gros, véritable vedette du festival.
MS Blue Berry MS Blue Berry est construit en 1927 au chantier de l'Île Saint-Denis pour le marinier du Berry Jules Beaune. Il se nomme alors «Nullité» car ce petit berrichon automoteur en acier est la risée des confrères de Jules qui se font construire des bateaux sérieux, eux, du Freycinet au minimum. Rendu à l'état d'épave en 1987, il est alors sauvé par le couple de mariniers-potiers Geneviève et Alain Fiévet qui le restaure avant de le vendre 13 ans plus tard à l'auteur. Sa devise actuelle est bien sûr un clin d'œil hommage à la BD homonyme.
Blue Berry dans l'écluse d'Orléans.
En route C'est la trouille au ventre que je pars de Mably (Canal de Roanne à Digoin) dimanche 4 septembre au matin, afin de rejoindre Briare (Canaux de Briare et Latéral à la Loire) où le bateau serait gruté pour être transporté par convoi exceptionnel jusqu'à Orléans. Rappelons que le canal d'Orléans, qui permettrait à MS Blue Berry de faire tout le trajet par la voie d'eau, et pour un coût très certainement beaucoup plus modique, n'est pas encore rouvert malgré les perspectives de succès certain que nous lui prédisons dès sa réouverture, même partielle. Donc, à Briare : grue, puis camion et hop, Orléans. Du moins c'est ce qui était prévu.
Jusqu'à Briare, le petit bateau ne me demandera rien d'autre qu'un petit réglage de la course de l'embrayage. Juste pour m'embêter, car trois jours plus tard il me demandera l'inverse. Je me demande parfois si ce bateau n'est pas de sexe féminin...
Voici Briare, j'y arrête mon moteur le dimanche suivant. Ma compagne Dane m'a rejoint, et nous devons être grutés le mardi suivant, le 13. Les grutiers viennent en reconnaissance : les cornières les inquiètent car ils craignent qu'elles cisaillent leurs grosses sangles. Un examen tactile les rassure : les nouvelles cornières posées par-dessus les anciennes sont en acier de 5 mm plié, et cela forme une courbe d'autant de rayon. En revanche, ils sont beaucoup plus sceptiques sur les possibilités de sortie du convoi exceptionnel...
Un grutage en deux temps... Ce mardi, MS Blue Berry n'est pas seul à devoir être gruté : il y a aussi Ma Poule, fûtreau des gars de Cosne-sur-Loire, et One Voice de mon ami Reynald Ducout qui a amené son bateau de 1,7 tonne depuis chez lui, à côté de Joigny jusqu'ici, à la godille en neuf jours. Près de 200 km à la force des bras, belle performance ! Mais Reynald n'en est pas à son coup d'essai, car il est le président des Godilleurs de France.
Les grutiers sont là, et la semi-remorque qui doit transporter le bateau arrive sans tarder. Le chauffeur est surpris : on lui a donné la mission la veille au soir, en lui précisant seulement «Va à Briare chercher un bateau de 30 mètres pour le festival d'Orléans». Aucune reconnaissance préalable n'avait été faite. Quant au bateau, le chauffeur s'attend logiquement à un bateau de Loire avec une levée avant bien prononcée qu'il projette de mettre au-dessus du «col de cygne» de sa remorque. Or la levée de Blue Berry est très faiblement marquée, ben oui c'est comme ça. Bien avant que le bateau soit posé sur la remorque, le chauffeur va examiner les possibilités de sortie du convoi, et se rend à l'évidence : d'un côté un pont limité à 3,5 tonnes, et de l'autre un carrefour où il suffirait abattre une ou deux maisons pour passer si on s'appelait Louis XIV ou Sarkozy. Bref, on a envoyé notre gars au casse-pipe. MS Blue Berry, qui était juste sorti de l'eau, le temps que la grue affiche pour lui un poids de 40 tonnes, y est remis de suite. Jeff Wagner, coordinateur d'EVT pour toutes les opérations concernant les bateaux, est passablement contrarié. Il part avec le chauffeur en reconnaissance d'un autre point de grutage. Le lendemain mercredi matin, ils trouvent Saint-Satur, au pied de Sancerre. Nous allons donc revenir sur nos tours d'hélice, sur une quarantaine de kilomètres du Canal Latéral à la Loire. Jeudi soir, après une navigation pèpère au rythme d'un marcheur qui transporterait sa maison, MS Blue Berry est au pied des grands silos de Saint-Satur.
La première équipe de grutiers arrive à 11 h comme prévu ce vendredi matin pluvieux. Il y a le camion-grue, et la semi-remorque qui transporte les contrepoids - jusqu'à 15 tonnes - nécessaires à l'équilibrage de la grue. Ensemble, nous installons cette dernière, impressionnant engin calibré jusqu'à 100 tonnes. Après le déjeuner à Saint-Satur, la seconde équipe est là avec Jeff. Sans précipitation, mais sans lambiner non plus, les gars installent la seconde grue puis sanglent le bateau qui est rapidement hissé hors de l'eau et posé sur la semi-remorque arrivée elle aussi entre-temps. Très pros les gars. Ils bossent au centimètre près, de vrais artistes dans leur genre, dirigés par Jeff en chef d'orchestre. Bien sûr j'ai la pétoche. Mais que faire d'autre que s'en remettre à leur savoir-faire à tous ?
Vers 17 h, Blue Berry prend la route vraisemblablement pour la première fois de sa vie de bateau, en couchant au passage un panneau routier dans le premier carrefour, vraiment difficile à négocier. La longue remorque étirable est équipée de roues arrières directionnelles radiocommandées depuis la voiture suiveuse. Je n'ose imaginer le coût d'un tel dispositif en regard de celui de quelques dizaines de litres de gazole que demanderait le trajet par le canal d'Orléans rouvert totalement...
Orléans, enfin ! Nous regagnons Orléans en voiture. Jeff, le portable comme greffé à l'oreille gauche, reçoit des coups de fil l'informant des péripéties de tel ou tel autre convoi acheminant un bateau. Nous arrivons en fin d'après-midi et je fais connaissance avec l'équipe d'EVT : Tristan, «Plug», Mick, Nadège, Bruno et Sylvain, qui s'occupent de la sécurité, et Bertrand et Nathalie qui tiennent le resto «Le Girouet» sur le quai, à la décoration complètement «marine de Loire». Pendant une pause à la terrasse de l'Inexplosible, Jeff reçoit un coup de fil qui le fait changer de couleur : le convoi est arrêté à Gien à cause d'une panne de l'hydraulique des roues arrières. Il faut préciser qu'un marchand de ronds-points y a fait fortune, et que l'hydraulique en question en a été pas mal sollicitée. Une heure après, Jeff retrouve la banane : les gars ont pu dépanner et repartir. Je les félicite mentalement, de vrais pros. Et sympas qui plus est. Vers 21 h, la nuit est déjà là, et on devine au loin les gyrophares du convoi sous le pont Thinat. Les grues sont en place depuis longtemps, de part et d'autre du pont. Le spectacle du petit bateau arrivant ainsi de nuit est réellement impressionnant. Promptement, tout se met en place, les gars s'activent, et, avec la même dextérité qu'à Saint-Satur, ils déposent délicatement MS Blue Berry dans son élément. Jeff souffle : les «trois actes» (grutage, transport, dégrutage) se sont bien passés. Chapeau les gars...
Juste avant le festival Samedi 17 septembre. La matinée est occupée par le branchement de l'EDF sur le bateau et le plein de la cuve d'eau, occasion de faire connaissance avec les trois capitaines du port Christophe, Jean et Jean-Paul. L'après-midi, je file en train à Vierzon pour donner une conférence sur le canal de Berry. De retour à Orléans, mon lit me tend les bras et je m'y glisse avec bonheur, passablement usé par les émotions de ces derniers jours.
Dimanche est consacré d'abord à rendre MS Blue Berry présentable et accueillant : remise en place des garde-corps avec leurs géraniums, étendage du pavois... Puis je continue le réaménagement du séjour suite aux naufrages de l'an dernier. Construire quelques étagères à tribord ne me demandera pas très longtemps, et ainsi pourrai-je y transférer des livres qui donnent au petit bateau une petite gite à bâbord pas très esthétique.
La gabare agonisante Lundi soir, ces travaux sont bien avancés, aussi m'offré-je une petite balade reposante sur les quais, afin d'admirer les nombreux bateaux déjà arrivés. Après une petite virée en Loire à bord de l'Inexplosible n°22, je retrouve Pascal-Carole, la mythique gabare construite il y a plus de vingt ans par Jacques Robin, dit «Vent d'Travers», à Saumur. Le malheureux bateau, bien fatigué et trop peu entretenu par l'association qui le possède à présent, est en fin de vie malgré les soins palliatifs que lui a administrés Jean-Marc Benoit, dit «Bibi», charpentier de bateaux et grande figure de la marine de Loire qui lui a refait tout son tableau arrière l'an dernier. Une grosse voie d'eau vers l'arrière a déjà rempli de plusieurs tonnes la vieille gabare. Les pompes de cale sont mortes. La motopompe que Bruno a prêtée à l'association refuse obstinément de démarrer, ce qui ne le met pas en joie : elle a été noyée. Une autre motopompe, plus petite, est seule à fonctionner... jusqu'à la panne sèche. Entretemps, j'ai proposé ma pompe d'épuisement électrique, et celle-ci tournera jusqu'au lendemain matin auprès d'un Jeff qui ne dormira que deux heures cette nuit-là. Aucun responsable du bateau n'est alors présent... Pascal-Carole flotte de nouveau, mais ce sera son dernier festival. Triste fin de l'histoire d'un bateau qui fut dans les années 1990 un des fleurons de la marine de Loire renaissante...
La musique d'à bord... Pendant le festival, la terrasse de Blue Berry, devenue scène, accueille des groupes de zicos : les Z'Embruns d'Comptoir, solide formation (violon, guitare, clavier, cajon, banjo) qui présente des chants de marins d'inspiration traditionnelle, et Armstrong's Patent, quintet vocal masculin hollandais de chants de mer dont les prestations seront toujours unanimement appréciées. Ces gens empreints d'une culture nautique plusieurs fois millénaire sont ravis de se trouver sur un véritable ancien bateau de transport français. D'autres groupes nous ravissent pendant le festival. Realta est un jeune trio de musique celtique. Philippe le percussionniste, jeune sosie de Clint Eastwood, nous explique les origines, la technique, et même la philosophie du cajon. Les proportions et propriétés du sien ont été calculées sur le nombre d'or... «Tu vois, le monde se divise en deux catégories : ceux qui jouent du cajon, et ceux qui applaudissent. Toi, tu applaudis...». Il y a aussi le blues bien juteux de Blackberry's Mister Boo-Hoo, et la fanfare free-jazz complètement déjantée de la Grosse Couture, vêtus de costumes confectionnés par eux-mêmes, à l'image de leur musique : bariolés, improvisés, respirant une liberté toute empreinte d'une grande élégance. Rhum et Eau, originaire de Lorient, joue la musique d'inspiration traditionnelle passée à la moulinette d'un humour à la Gotlib. Il faut avoir entendu leur version des Prisons de Nantes dans laquelle Guillaume imite successivement Johnny, Eddy, Bruel, Christiani et même Piaf ! Une grande complicité ne tarde pas à naître entre nous, et le lendemain nous irons jusqu'à participer à leurs gags et taper le bœuf sur «Water is wide». Succès garanti ! Dimanche, les Fis d'Galarne, de Gien, arrivent en force : quinze chanteurs et musiciens, qui ont du mal à s'entasser sur les 12 mètres-carrés de la terrasse de Blue Berry ! Toue Sabord, composé de quatre filles et cinq gars (presque la parité, enfin !) multi-instrumentistes, ont eux aussi un répertoire d'inspiration traditionnelle, avec un traitement instrumental vigoureux... et j'en passe.
Les invités Les Pays-Bas sont les invités d'honneur du festival, et présentent une jolie flottille de boiers vernis à tel point qu'on pourrait s'y mirer dedans, ainsi que des zalmschouw qui sont descendus de Briare par la Loire, guidés par Bibi qui connaît le fleuve mieux que sa poche. à quai, les sympathique Bataves proposent les produits de leur pays : gouda et poisson fumé notamment, et présentent leurs savoir-faire en matière de construction nautique, qui n'est plus à démontrer. La Pologne aussi est présente avec Wanda, réplique d'un bateau de Czerk.
Deux autres régions sont invitées, toutes deux régions de marais : la Normandie et le marais de Saint-Omer. Ces derniers sont venus avec un grand bacôve chargé de légumes et fruits de Clairmarais. Quant aux Normands, leur pièce maîtresse est la Fière, une gabare de la Vire reconstituée à l'échelle 1/2, qui côtoie de petits goguets des marais du Bessin et du Cotentin et un picoteux de la basse Seine.Le canal du Midi est présent aussi avec une très belle reconstitution déjà bien avancée de barque de poste, c'est-à-dire un coche d'eau, du début du 19e siècle.
 Gabare du Cotentin dans le bassin du canal.
À côté de ces bateaux traditionnels, on peut voir de très beaux canoës en bois de toutes les époques du 20e siècle, ainsi que des bateaux innovants ou peu ordinaires comme le Basilisk électro-solaire de Thibault, un petit bateau mu par un pédalier, des kayaks en papier ou encore OFNI 59, un engin amphibie conçu il y a un demi-siècle à base de pièces de 2cv !
Le repas du soir nous est offert à la «taverne des mariniers». Reynald, notre godilleur fou, est là, ainsi qu'Alain, président des Ligéries de Decize, venu avec la gabare Nivernaise, et Jean-Michel, de Blois, dit «Grand Planeur». Cet adorable garçon est lui aussi une figure du festival. Son idée est d'appliquer à la navigation en Loire des techniques inspirées des pays exotiques, et faire passer ainsi un message pédagogique.
Le canal, la Loire et... l'éclusage façon coucou suisse Le canal est perché à cinq mètres au moins au-dessus de la Loire ; on voit évoluer les bateaux en contrebas, certains s'aventurant même jusque dans la veine d'eau sous le pont Thinat. Voir sur la Loire de belles unités comme Val de Vienne, Fleur de Pontille, Nonchalante, Dame Tranquille ou le tout nouveau Enfant Castor que Bibi a terminé juste à temps pour le festival, est un vrai bonheur. Sur le canal naviguent de petits bateaux électriques de chez Saviboat, ainsi que l'Anco, tout aussi électrique, de l'association éponyme qui milite pour la réouverture du canal d'Orléans et emmène des passagers faire un tour jusqu'au pont du Cabinet Vert, à 800 m de là. Tous les moyens sont bons pour faire découvrir l'intérêt et le plaisir de la navigation en canal.
 Le canal «perché» réhabilité © Laurent Pitot
Un autre est de montrer un éclusage en vrai. Ce sera le rôle de Blue Berry qui chaque après-midi doit descendre l'écluse puis la remonter à temps pour être prêt à accueillir le groupe suivant, sono rebranchée. ça doit faire un sacré bout de temps que cette écluse inaugurée en 1921 et déclassée en 1954 n'avait pas vu un tel bateau passer entre ses portes ! La première fois nous la descendons accompagnés de la Fière de nos amis normands qui n'ont visiblement guère l'habitude des écluses Freycinet, d'une plate de Loire manœuvrée à la perche et de notre ami «Grand Planeur», qui sort son petit Futé aux avirons.
Il faut absolument que cette écluse, qui est totalement dépourvue de bollards, en soit équipée pour la prochaine édition du festival ; ce n'est pas pour faire joli, c'est une question de sécurité ! Il faut aussi que son système d'automatisme soit repensé, il est mal conçu.
Parvenus en bas, nous sortons du sas et nous rangeons le long du môle qui sépare le chenal de la Loire, afin de laisser le plus de place possible pour le passage de la Fière qui est juste aussi large que nous, 2,60 m. Enfin, quand les autres bateaux sont sortis à leur tour, nous reculons pour remonter l'écluse en marche arrière ! En effet, pas question pour nous d'aventurer MS Blue Berry en Loire, celle-ci est bien trop basse et nous le planterions à coup sûr sur les hauts fonds. Mieux vaut une prestation modeste mais réussie qu'une fanfaronnade qui tournerait au ridicule. Une heure et demi plus tard, nous sommes remontés, amarrés, et rebranchés pour le groupe suivant. Cette première sortie, même timide façon coucou suisse, de Blue Berry en Loire n'est pas passée inaperçue...
L'Inexplosible 22 Tous les jours, les animations commencent avec une démonstration d'une demi-heure de navigation de l'Inexplosible 22, parfaitement maîtrisé par Bruno. Les possibilités de ce type de bateau en Loire sont vraiment stupéfiantes, et on se prend à regretter que ces magnifiques machines aient eu une durée de vie aussi courte, de 1840 à 1860, supplantées par le chemin de fer. C'est aussi un vrai plaisir de voir naviguer pour de bon ce bateau construit en 2007, qui n'avait jusqu'alors guère bougé de son embarcadère. Son ancien gérant se contentait de l'exploiter comme bar. Au contraire de ses 21 ancêtres qui se mouvaient à la vapeur, notre «Inex» est équipé d'un moteur diesel qui fait tourner des pompes hydrauliques, une pour chaque roue à aubes. C'est en jouant sur la puissance donnée à chacune de ces pompes que Bruno pilote son bateau jusqu'à la possibilité de le faire virer sur lui-même dans à peine 40 cm d'eau.
Je présente à bord de ce même «Inex» une conférence illustrée sur le canal d'Orléans, l'occasion de resservir mon couplet sur la réhabilitation trop lente de ce canal, et sur le succès qu'il ne manquera pas de connaître dès sa réouverture.
En regagnant notre bord, nous prenons le temps de visiter un peu tous les stands qui s'étirent le long du quai sur près d'un kilomètre : artisans, associations, éditeurs, structures pédagogiques et bien sûr buvettes et restauration. On y passerait des heures.
Le carillon céleste Nous sautons dans notre canoë pour aller admirer le grand spectacle du vendredi soir, traditionnellement de grande qualité. Admiratifs, nous le voyons au loin tandis que nous descendons la Loire. Arrivés sur place, nous jouissons, depuis la Loire, d'une vue sans pareille sur ce qui se présente à nos yeux comme une féerie aérienne. Soutenue à une trentaine de mètres du sol par une grosse grue, une structure modulable de tubes assemblés évoque une fleur de lotus ou encore une sorte de vaisseau spatial illuminé de mille ampoules, genre soucoupe volante de E.T. Disposés à différents niveaux sur tout le pourtour de la structure, des percussionnistes et leurs instruments distillent une musique cristalline dans les airs ; en-dessous d'eux évoluent avec grâce des trapézistes-danseuses aériennes toutes de blanc vêtues, sans filet. C'est impressionnant de beauté. «Maudits sonnants, carillon céleste», ainsi la compagnie artistique Transe Express nomme-t-elle cet étonnant ballet aérien qu'elle nous présente et qui se termine trop tôt par une lente descente de l'ensemble qui retrouve le plancher des vaches, vivement applaudi par un public sous le charme.
Le feu d'artifice vu du canoë Le matin, à bord de l' «Inex», nous assistons à une conférence très intéressante sur les marais du Cotentin et du Bessin par Benoît Canu.
Le grand événement du samedi soir est traditionnellement le feu d'artifice géant. Comme en 2009, c'est depuis l'eau que nous voulons l'admirer. Et nous voici repartis en canoë, rejoignant nos copains de Savonnières à bord de leur scute «Dame Périnelle». On y est tellement mieux que dans la foule massée sur les quais... Cette journée s'achève ainsi sur 20 minutes d'embrasement multicolore du ciel d'Orléans, au-dessus de la Loire. La musique d'accompagnement est trop faible et trop localisée, mais elle n'est pas l'essentiel.
La grande parade des bateaux Dimanche commence mal. Jeff nous apprend que nous ne serons pas dégrutés le lendemain, mais au plus tôt jeudi. Saperlipopette, ça fout en l'air nos projets de descendre jusqu'à Saint-Mammès avant de revenir, car nous avons chacun des obligations à notre retour...
Dans la matinée, deux magnifiques chevaux ardennais font aussi brillamment que brièvement une démonstration de halage d'un train de bateaux avec le fameux Bar à Quai d'Alain Lacroix comme mère . 70 mètres de long, 30 tonnes en tout. La démo ne dure que quelques dizaines de secondes : pour les deux puissants équidés, tirer ces 30 tonnes, même à contre-courant, sur moins de 200 mètres, est une rigolade qu'ils effectuent presque au trot.
La parade finale des bateaux se déroule sans commentaire sur la sono générale, car la priorité a été donnée aux scènes locales, ce qui est plutôt couillon. La parade se passe néanmoins plutôt bien, si ce n'était un voilier qui n'a rien de ligérien et qui fait n'importe quoi, navigue à contresens et à toute vitesse en mettant en danger les autres bateaux, et notamment les petits canoës en bois...
L'après-festival à 18 h, le festival se termine, les stands se vident et se démontent. Les bateaux les plus légers, les canoës, les barques, s'en vont sur des remorques ou des toits de voiture. Une bassinée monte les embarcations qui utiliseront la rampe de mise à l'eau pour être hissées sur des remorques. C'est l'occasion d'une mini-parade sur le bassin du canal, où les fûtreaux doivent slalomer entre les derniers Saviboat qui tournent encore. Sur la Loire, les bateaux du train d'Alain Lacroix affalent leurs voiles pour aller s'amarrer le long du dhuis sur lequel, pendant toute la durée du festival, de nombreux mariniers ont créé un village de tentes bien loin de la cohue des quais.
Hoël, de Bréhémont, encore une grande figure de la Loire malgré son jeune âge, nous rend visite : ce passionné de bateaux n'a jamais vu de berrichon, et ne veut pas louper cette occasion. Sa curiosité satisfaite, et le devoir (démontage) l'appelant, il prend congé et nous rejoignons Guillaume, Patrick et Vincent de Rhum et Eau, pour une dernière partie de rigolade sur le quai. Embrassades avant le départ : ils doivent rentrer à Lorient ce soir même.
Un dernier repas est offert aux mariniers devant le Girouet et la nuit enveloppe les quais qui se vident progressivement.
Retour de Blue Berry Lundi, les premiers gros bateaux s'envoient en l'air au bout d'une grue pour aller se poser sur des semi-remorques. L'envol de Wanda, notamment, est plutôt spectaculaire, le bateau devant être presque couché sur le flanc dans la remorque qui le ramènera en Pologne. Une ultime bassinée remonte dans le bassin du canal de grosses toues qui y resteront pour l'hiver. Notre dégrutage repoussé à jeudi nous offre la possibilité de prendre notre temps pour préparer Blue Berry à celui-ci, et prendre un peu de bon temps...
Blue Berry est sorti de l'eau jeudi après-midi. Vendredi matin, notre grutier Eric passe nous prendre (chez des amis) à 7 h, avec sa semi-remorque, nous traversons la Sologne au petit jour, c'est très sympa, et arrivons à Saint-Satur. La première grue attend, ainsi que Blue Berry sur sa remorque dont l'entrée dans le village s'est bien passée, à reculons. Jeff arrive, les traits tirés. Malgré la fatigue, il assurera jusqu'au bout. La seconde grue arrive et se place. Les opérations de remise à l'eau du petit bateau ne traînent guère. à 11 h 40 précises, il retrouve son élément. Dire que tout ça pourrait être évité si le canal d'Orléans... enfin bon, vous connaissez le couplet.
Congratulations et adieux. Moins d'une heure plus tard, après avoir remonté les garde-corps et le taud, nous démarrons. Ménétréol, à deux kilomètres avec ses restos et sa jolie halte, nous attire bien plus que les silos de Saint-Satur pour notre première escale. Un apéro avec nos amis éclusiers Nicole et Philippe et leur fille Coralie, précède un excellent moules-frites commandé au resto voisin. Cette fois-ci, l'aventure du Festival de Loire 2011 est bien finie.
Six jours plus tard, nous retrouvons notre Ségusiavie et nous préparons à un hiver calme et reposant, avec des images et des musiques plein la tête.
Merci à Nadège et Jeff, et à toutes celles et tous ceux qui ont contribué à la réussite de cette aventure incroyable.
Enfin, un appel solennel à Mesdames et Messieurs les Conseillers Généraux du Loiret, vous n'avez sans doute pas tous conscience du succès que connaîtra le canal d'Orléans. Avec celui-ci, vous aurez un produit touristique de toute première qualité. Alors dépêchez-vous de le rouvrir, vous serez surpris !
Charles Berg
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Updated : Sunday, October 30th, 2011
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